Résumé : Hiver 1946. La liaison durant la guerre de Gabrielle Chanel avec Hans-
Gunther von Dincklage, un officier allemand, menace de lui attirer de graves ennuis, à la Libération : son ami Winston Churchill la fait discrètement exfiltrer en Suisse. Mademoiselle s’ennuie, au Beau-Rivage, un palace de Lausanne. En attendant de pouvoir un jour, peut-être, retrouver Paris et son atelier de couture, elle commence à dicter ses mémoires à son ami Paul Morand, futur académicien français, lui aussi exilé sur les bords du Léman. Féroces, drôles, cruels, évoquant avec une grande liberté de ton et un cynisme ravageur aussi bien la carrière de Chanel et ses amours, que les horreurs de la guerre et les compromissions de la collaboration, les échanges entre ces deux personnalités flamboyantes que sont Gabrielle et Paul s’interrompent net quand apparaît Dincklage. Mademoiselle aime l’art et la beauté, le succès, le pouvoir et l’argent. Dincklage n’est plus qu’un homme traqué, ruiné, inscrit sur la liste des criminels de guerre. Un banni. L’histoire d’amour, autrefois sincère, entre un un monstre d’ambition et de talent qui n’a jamais douté d’elle-même ni renoncé à reconquérir sa gloire passée, et un maudit, qui a perdu tout à la fois son honneur et la guerre, survivra-t-elle à l’exil ? C’est l’une des questions que pose « MADEMOISELLE CHANEL, EN HIVER », qui éclaire avec humour mais réalisme les heures redoutables de l’occupation puis de l’exil, périodes ambigües de la carrière de Chanel, pudiquement passées sous silence dans les portraits admiratifs et les livres qui ont été écrits sur cette grande dame de la mode.
Opinion : Un beau spectacle très élégant…
La créatrice Gabrielle Chanel et l’écrivain Paul Morand sont exilés en Suisse en 1946, en raison de la liaison de Chanel avec un officier allemand durant la guerre. C’est cette rencontre et ces entretiens, qui vont donner lieu à une véritable biographie réalisée sur mesure par Paul Morand, que Thierry Lassalle fait revivre dans une pièce savoureuse mise en scène par Anne Bourgeois. Caroline Silhol et Christophe Barbier y sont parfaits dans le rôle de fauves cyniques et froids.

La pièce commence dans un palace suisse avec vue sur le Lac Léman. Coco Chanel est assise très élégante avec un pantalon à pinces noir et un haut en soie crème. Elle s’ennuie dans cet exil, Elle a connu Picasso et Jean Cocteau. C’est une bourgeoise distinguée qui aime l’art et l’argent. Elle accuse « les Juifs » d’avoir liquidé son enseigne. Elle à 63 ans, à la tête d’un empire remis en cause par ses prises de positions collaborationnistes, elle est la maitresse d’un officier allemand. Elle ouvre ses blessures en s’achetant un ami pour écrire ses mémoires, Paul Morand est son confident, biographe et souffre douleur, exilé et collaborateur lui-aussi en SUISSE. Ces deux compères vont s’accorder à merveille.

Caroline Silhol joue le rôle de Chanel élégante et impitoyable, très ambivalente dans ces amitiés et relations frustrée par cet exil. Elle a un pouvoir sur les Hommes, le pouvoir de les charmer sans jamais leur appartenir. Comme une mandragore, elle capture sa proie sans jamais trop s’exposer. Paul Morand est incarné par le journaliste et comédien Christophe Barbier, aussi à l’aise sur une scène de théâtre que sur un plateau de télévision. Excellent comédien, je ne le savais pas, il transcende dans ce rôle de bourgeois cynique et calculateur. Son ambition est de rentrer à l’Académie Française c’est comme une obsession pour lui, ce romancier de second rang est un épicurien, aussi indifférent au malheur de l’humanité qu’amateur de luxe et de belles voitures. Chanel lui octroie un salaire de scribe, elle l’invite, pour qu’il compose une œuvre taillée à sa mesure, « L’allure de Chanel » qui sera publiée bien plus tard, et qui restera l’un des livres les plus vendus. Tous deux sont épatants de justesse et de complicité perverse, ces deux perverses antisémites sont dans une même cage dorée qu’il faut bien occuper.

Tout cet univers distingué est entouré de domestiques de l’hôtel. Nous avons ici Chanel, Paul Morand, son amant l’officier allemand Hans Günther von Dincklage représenté par Emmanuel Lemire. Une sorte de playboy poursuivi par la justice allemande qui vient trouver refuge chez son ex-maîtresse française Chanel réfugié en Suisse. Thomas Espinera est formidable en maître d’hôtel prévenant, l’Histoire nous apprend qu’il restera son confident, son ami, son majordome et son amant de temps en temps. Chanel saura être généreuse avec lui.
Channel en hiver

Auteur : Thierry Lassalle
Metteur en scène : Anne Bourgeois
Distribution : Caroline Silhol, Christophe Barbier, Emmanuel Lemire, Thomas Espinera, Bokai Xie, Lucie Romain
Du 11 Jan 2023 Au 31 Mar 2023
Réservations en ligne Réservations par téléphone : 01 82 28 56 40

Durée : 1h30